La décision
Dans sa séance du 5 novembre, l'AMF a déclaré conforme le projet d'offre publique de retrait déposé le 1er juillet par BNP Paribas et Société Générale pour le compte de la Société de Participation Deauvillaise (SPD). La décision vaut visa de la note d'information (n° 26-385) et de la note en réponse de la SFCMC (n° 26-386).
- SPD détient 149 927 actions, soit 92,18 % du capital et 95,02 % des droits de vote.
- L'offre porte sur les 12 724 actions restantes (7,82 % du capital), soit environ 34,4 M€ au prix de 2 700 €.
- Elle sera suivie d'un retrait obligatoire au même prix : les actions non apportées seront rachetées d'office.
- L'AMF relève que le prix dépasse la moyenne des cours pondérée par les volumes sur les 60 séances précédant l'annonce du 8 décembre 2025, soit 1 490,69 €.
Les objections, telles que l'AMF les résume
La décision consacre un paragraphe entier aux arguments « soulevés par des actionnaires minoritaires, contestant principalement le prix d'offre ». Elle en retient trois :
- Le chantier du Majestic, chiffré à 328 M€ HT, dont la décision de principe, le montant et le calendrier seraient insuffisamment établis, qui n'avait pas été annoncé au marché avant l'offre, et qui pèserait fortement sur la valeur alors que l'hôtel reste bénéficiaire.
- La place donnée au DCF au détriment de l'approche patrimoniale, qui ne refléterait pas la valeur des actifs immobiliers ; des impôts et frais jugés excessifs ou comptés deux fois dans la somme des parties.
- Les références retenues ou écartées, au regard des valorisations patrimoniales, de transactions hôtelières et de cours de bourse supérieurs à 2 700 €.
Les réponses de l'AMF
Sur le Majestic, l'AMF s'appuie sur trois éléments.
- Le conseil d'administration de la SFCMC a approuvé le principe, le calendrier et l'enveloppe de 328 M€ HT le 22 octobre 2026, en se fondant notamment sur le « Contrat JDA » (240 M€ HT de travaux, hors honoraires, fournitures, assurances, actualisation et aléas) et sur le « Courriel Constructa », qui confirme un budget de 328 M€ HT pour un démarrage fin 2028, ou 339 M€ pour un démarrage fin 2029.
- SPD a prévu le financement : son contrat de dette de juillet 2026 autorise une dette immobilière dédiée aux travaux, plafonnée au plus élevé de 350 M€ et de 50 % de la valeur de l'hôtel.
- L'expert a testé des scénarios de report et de budget réduit : décalage d'un à trois ans (2 171 €, 2 203 €, 2 230 €), budget réduit de 30 % avec report de trois ans (2 497,6 €), budget réduit de 30 % sans report (2 128,1 € à 2 464,7 €). Toutes ces valeurs DCF restent sous 2 700 €.
Conclusion de l'AMF : il n'existe pas, « à ce jour, d'éléments permettant de raisonnablement remettre en cause » ni la réalité du projet, ni l'approche de l'expert.
Sur la performance de l'hôtel, l'expert a testé la marge normative de 42,5 % avancée par les minoritaires (la valeur obtenue reste sous la borne haute de sa fourchette DCF), ainsi qu'un taux d'occupation et un RevPAR plus élevés. Il chiffre l'effet d'un chiffre d'affaires à fin septembre supérieur de 4,5 % au budget à environ 13 € par action, et à environ 60 € si cette performance se maintenait jusqu'à la fermeture de l'hôtel.
Sur l'approche patrimoniale, l'AMF note que l'expert l'a bien mise en œuvre, mais à titre secondaire, parce qu'elle suppose de vendre les actifs, ce qui n'est envisagé ni par SPD ni par la direction et qui est interdit pendant cinq ans par le contrat de cession avec Casinvest. Elle juge ce choix « cohérent avec les intentions » de l'initiateur, qui prévoit de continuer à exploiter les actifs.
Ce que la décision ne dit pas
Une décision de conformité vérifie que le dossier est complet, cohérent et que l'expert a répondu aux objections. Elle ne fixe pas de prix. Trois points restent hors de son champ.
- Le chantier a été approuvé pendant l'examen de l'offre. Le conseil de la SFCMC a validé l'enveloppe de 328 M€ le 22 octobre, près de quatre mois après le dépôt de l'offre et deux semaines avant la décision. C'est sur cette approbation que repose, pour une large part, la réponse de l'AMF à la première objection.
- Tous les tests de sensibilité portent sur le DCF. Or le prix de 2 700 € avait été fixé, selon le rapport de l'expert, « par référence à la borne haute de l'approche DCF ». Que les variantes DCF restent sous ce prix est donc cohérent par construction. La décision ne commente pas les sommes des parties que l'expert avait calculées au-dessus de 2 700 € dans son rapport de juillet.
- L'interdiction de vendre les murs vient de l'initiateur lui-même. La clause du contrat Casinvest qui rend la vente « théorique » a été signée par SPD quelques mois avant l'offre. L'AMF prend acte des intentions de l'initiateur ; elle ne se prononce pas sur ce point.
Et maintenant ?
- Calendrier : l'AMF publiera un avis d'ouverture une fois les notes visées diffusées. L'offre de retrait durera au moins dix séances, puis le retrait obligatoire interviendra à 2 700 € par action.
- Pendant l'offre, l'actionnaire peut apporter ses titres ou attendre le retrait obligatoire : le prix est le même, seule la date d'encaissement change.
- Recours : une décision de conformité peut faire l'objet d'un recours en annulation devant la cour d'appel de Paris, dans un délai de dix jours à compter de sa publication. La cour peut annuler la décision ; elle ne peut pas fixer elle-même un autre prix. Un recours s'accompagne souvent d'une demande de sursis à exécution, qui peut décaler le calendrier. Ces règles de procédure appellent l'avis d'un avocat.
Un principe, le même depuis l'épisode 1 : un prix d'expropriation se juge sur des pièces vérifiables. La décision du 5 novembre en apporte de nouvelles, notamment le chiffrage détaillé du chantier et son financement. Elle ne referme pas le débat sur la valeur des murs.
Sources : décision de l'AMF n° 226C1978 du 5 novembre 2026 (décision de conformité, visas n° 26-385 et 26-386) ; projet de note d'information de SPD présenté par BNP Paribas et Société Générale (D&I 226C0945 du 1er juillet 2026) ; projet de note en réponse de la SFCMC (D&I 226C1139 du 24 juillet 2026), incluant le rapport de l'expert indépendant BM&A du 22 juillet 2026 modifié le 19 octobre 2026 et l'avis motivé du conseil d'administration du 22 octobre 2026 ; communiqué de la SFCMC du 22 octobre 2026 ; Code monétaire et financier, art. R. 621-44 (délai de recours). Les citations sont extraites verbatim de la décision de l'AMF. Épisode 2 : le rapport de l'expert.
Transparence : l'auteur de cet article détient des actions SFCMC. Analyse établie à partir de documents publics ; les faits et chiffres sont attribués à leurs sources.